Fan de la « compagnie dans la compagnie », sensible à la partition proposée et aux mondes scéniques obscures, j’étais prédestinée à aimer Pit. Dimanche, après les quelques 500 km de transports exprès, je me laisse donc envahir par cette vague d’êtres chics mais ô si sombres dont l’on ne comprends pas tout à fait le monde ni les intentions, d’accord, et justement je laisse planer. Occupant la première baignoire côté jardin, je reçois au premier plan le surprenant violoniste venu de la fosse, et (comme moi) du pays de Sibelius. Il tire des notes de son instrument, tire aux faisans au passage. Je suis. Je suis sous l’émotion provoquée par ce concert de proximité. Est-ce que j’avais déjà vu Awa ainsi ? Elle approche, son regard perce, je suis derrière le dos du violoniste à quelques mètres. D’autres choses se passent dans l’angle mort, je ne saurais pas dire qui orchestre quoi, qui est témoin qui précurseur…les spectateurs d’en face en connaissent les détails, ou pas. Une sorte de livraison de terre terrifiante. Des questions se posent mais pas de place aux paroles, pas dans cette pièce, pas avec les mecs derrière ce bureau là. C’est plutôt dansé et les danseur.se.s sont cruellement sublimes. Le sablier écoulé, on sort de la loge avec la mamie d’à côté, venue voir la pièce pour une deuxième fois, d’une autre angle. On partage une espèce d’état d’esprit, je pourrais facilement rester discuter longuement avec elle dans ces lieux qui nous sont chers si seulement j’avais pas le dernier train à attraper pour rentrer dans mon coin. Ces aller-retour intenses que j’aime. Ces artistes que j’aime !